28 juin 2008

Brève pour les pieds.


Bienvenue à Mafate.

     Pour reprendre une célèbre chanson d'un chanteur français franchement inconnu de la scène, brève pour les pieds concerne les psycho de la chaussure de rando, les obsédés des dénivelés, les mono-maniaques du déplacement à deux pattes...  Parce que je peux vous dire que Mafate, soit tu prends tes pieds à ton coup, soit tu t'autorises une navette en hélicoptère.



    Mais d'abord, qu'est-ce que Mafate?
Mafate, c'est un cirque. Non pas avec des clowns. Un cirque qui fait le trio avec Salazie et Cilaos dont le point centralisateur est le Piton des neiges. Mafate est le moins développé de ces trois cirques, en raison de son enclavement. Aucune route ne mène à Mafate. Seule la voie du pied qui souffre dans la chaussure et celle des airs permet d'y accéder.  Le moins développé  parce qu'en raison de son isolement, ce cirque a su préserver un style de vie unique depuis des dizaines d'années.  Pas de réseau électrique, seulement du photovoltaïque, de l'eau courante grace aux multiples ruisseaux qui le traversent. Une seule classe d'école dans chaque ilet, ou encore le facteur qui vient apporter le courrier  en hélicoptère.  Pas très typique n'est-il pas? Bref, une zone où se mêle tradition créole et activités touristiques pour curieux en mal de visites chez le podologue.


Mafate


    Plusieurs accès sont possibles pour rentrer à Mafate. Celui que nous avons choisi se trouve à l'Est du cirque. Au sommet de la route forestière de Salazie.  On y gare les voitures au sommet et on attaque l'ascension/descente du col  des Bœufs pour entrer dans Mafate. Notre objectif était d'aller à La Nouvelle pour y déjeuner avant de remonter. Donc être au plus tôt au parking pour ne pas peiner sur le retour.


PC2805331

PC2805341

    Donc l'ascension s'est jouée dans la brume pour nous. Même un peu de pluie est venue nous dire bonjour au début du passage du col. En règle générale les hauts ne sont pas encore couverts à cette heure de la journée, mais on ne peut pas tout prévoir. C'est la purée de pois. L'air y est frais et vif, humide, mais certains passages difficiles ne nous laissent pas le temps d'attraper froid. L'ascension se termine donc sur le col des Bœufs, où les nuages commencent à se faire moins épais. Au fil de la descente vers la plaine des Tamarins, les nuages se font de moins en moins présents et l'on peut commencer à apercevoir les parois titanesques de ce cirque...

PC2805471


PC2805501


    La plaine des Tamarins est une zone assez étrange, on a l'impression d'être dans une forêt tout droit sortie d'un livre de Tolkien. Avec ses vastes clairières et ses arbres blancs, mis à nu, poussant dans un axe fortement particulier comme pour essayer de vous chatouiller la nuque du bout de leurs branches lors de votre passage près d'eux. Cette zone est relativement plate et vous permettra d'y faire respirer vos pieds endoloris par le col et ses cailloux les plus gros que les autres sortant de nulle part. Ensuite, la descente vers La Nouvelle reprend après ce havre de calme et de chants d'oiseaux.

PC2805531

PC2805581


    La descente se poursuit et le ciel est quasiment dégagé. Le soleil reprend alors ses droits et le fait d'être à plus de 1 500 m d'altitude, ça vous joue vite des tours. N'oublions pas que c'est un soleil tropical qui vient alors nous tapoter gentiment les endroits du corps à découvert (oui j'ai eu droit à ma ration de Biafine en rentrant)...
Entre deux coups de soleils, on peut apercevoir le littoral en regardant vers la mer. La progression se fait toujours entourée de parois escarpées et généreuses de végétations en tout genre. Le sentier bien démarqué permet une marche rapide au travers de différents paysages pour nous amener enfin à la dernière descente pour La Nouvelle. Cette dernière vous fera vite sentir si vous aviez pris les chaussures appropriées. Marches en rocher, grandes enjambées et autres petits sauts contrôlés les mettront à rude épreuve.

PC2805591

PC2805611


    Comme on dit, tout travail mérite salaire. Et là en l'occurrence, après avoir vaincu cette descente, on arrive à La Nouvelle. Petit ilet d'une trentaine de cases. Cases très typiques avec leurs couleurs et leur toit en taule. Quelques points de vente de choses en tout genre -dont le T-shirt vendu seulement à Mafate et nulle part ailleurs dans le monde- mais les commerçants vivent au rythme de l'ilet. Pas trop vite. Il ne faut pas avoir oublier de prendre ses barres de céréales ou de vouloir un peu de rab quelque part. Difficile d'obtenir quelques denrées selon l'heure où on arrive.
Mais, le repos est bon, le calme avant la tempête du retour, la marche pieds nus dans l'herbe verte et fraîche, balayée par un petit vent de montagne, ça vous requinque un homme en pleine digestion!

PC2805631

    L'heure du retour sonne toujours à un moment et nous nous engageâmes sur le sentier du retour. En commençant par la montée vers la forêt des Tamarins. Bien rude  qu'elle fut cette ascension, après avoir manger. On a pu observer les changements climatiques typiques sur les hauts du caillou : en temps normal, c'est soleil dégagé partout au petit matin. Ensuite par phénomène de condensation, des nuages se forment sur les massifs au fil de la journée. Enfin, ces nuages redescendent sur le littoral et recouvrent une bonne partie de l'ile. Donc en retournant sur la plaine des Tamarins, les nuages étaient déjà là et le ciel se couvrait de plus en plus.

PC2805681

    Le retour fut âprement disputé pour nos pieds déjà bien travaillés par l'aller. Une petite photo en hommage à eux, qui ont dû nous supporter pendant des heures, rattrapé nos faux mouvements, nos erreurs de jugements... La plaine nous emmena à nouveau sur le col des Bœufs où la pluie avait élu domicile ainsi que l'air frais qui s'engouffre dans le col. Après 2 heures de marche nous arrivâmes au point de vue qui donne sur Le Port et une partie du cirque de Salazie. La randonnée était terminée.

PC2805721


PC2805751

Ça ne se voit pas trop, mais j'ai plus de 20 kms dans les jambes, un dénivelé positif de 1 000m et une marche de plus de 6 heures aller/retour. On apprécie toujours les fins de randonnées, au moment où l'on enlève ses chaussures et chaussettes. L'aventure ne se termine pas encore puisqu'il faut retourner à la maison. Ce qui implique encore une utilisation massive des terminaisons des membres inférieurs pour une heure de route au minimum.
    Mafate est un endroit qui est accessible à pieds de plusieurs endroits.  Celui qui a été choisi ne fait pas parti des plus difficiles mais ce dernier est déjà un peu corsé pour ceux qui n'ont pas l'habitude. Cela dit, les amateurs de marches et autres grimpettes en folie dans des forêts, paysages verdoyants ou de montagnes y trouveront plus que leur compte en venant ici. Salazie et Cilaos offrent aussi leur lot de randonnés, mais n'ont pas le charme que peuvent procurer celles de Mafate, avec le franchissement de ses cols, et la découverte d'un autre univers, sans fils électriques ni routes goudronnées.

Alors, comme cette chanson de cet illustre inconnu, cette brève est une invitation, non pas à faire danser les pieds mais à leur faire découvrir des chemins magnifiques et des parcours inédits. Ils s'en souviendront et vous en remercieront.


Springdrive

Posté par Springdrive à 13:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Brève pour les pieds.

Nouveau commentaire